SENEGAL
SORIBA KOUYATÉ
-Live In Montreux
-BAMANA
-KANAKASSI

L'enfant de Dakar, pétri de répertoire traditionnel, aimait écouter aussi Miles Davis, Wes Montgomery, Georges Benson. Par son travail de longue haleine, Soriba Kouyaté a définitivement ouvert la kora à une riche palette de styles, y compris à la musique tonale occidentale. En témoigne ce splendide troisième disque pour ACT, enregistré live le 16 juillet 2000. La kora amplifiée du virtuose sénégalais couvre un spectre musical complet (percussif, mélodico-harmonique, bruitiste…). Elle peut évoquer la harpe, la guitare flamenco ou le synthétiseur (Soriba jouant fort aisément en accords). Elle investit des possibles réellement neufs. Linley Marthe et Joeël Allouche, tandem rythmique qui a participé aux deux albums précédents du leader ont complètement compris la démarche mise en œuvre et interviennent avec une grande sagacité. L'époustouflant solo du premier (à la basse électrique) dans All Blues constitue une véritable pièce dans la pièce. Le répertoire rassemble cinq morceaux traditionnels ouest-africains, deux standards de jazz et deux compositions originales de Kouyaté. Tout au long du disque, le batteur Joël Allouche opère une belle synthèse entre différents drumings "afro", des beats groovy…Et même de propices pincées de swing, durant le solo de Matthieu Michel dans Autumn Leaves. Ce trompettiste, qui s'éclaire volontiers à la mémoire davisienne, sait apporter ses éclats propres. Profondément soudé, le groupe conte sa fable, faisant peu à peu basculer l'auditeur dans un univers magique et spirituel.

Il joue avec ardeur d'une harpe-luth séculaire et sacrée, la kora. Loin d'être écrasé par le poids de la tradition, le Sénégalais Soriba Kouyaté a révélé mardi soir toute la modernité de son instrument au public du Festival Interceltique de Lorient (ouest).
Toujours en quête de dialogue avec d'autres musiques, le "grand rendez-vous mondial des Celtes" l'a convié dans le port breton pour témoigner de son art, mais aussi d'une vision élargie de la "celtitude".
"Les "koristes", ce sont les bardes africains, il y a des convergences évidentes avec notre culture. Et j'ai toujours été fasciné par cette civilisation de la mémoire", explique à l'AFP le directeur général du festival, Jean-Pierre Pichard.
Soriba Kouyaté, 38 ans, puise naturellement une grande part de son inspiration dans la riche histoire de sa famille, qui se confond largement avec celle de la musique "mandingue" irriguant le Mali, la Guinée et une partie du Sénégal.
Il descend d'une lignée de griots, ces "chanteurs de louanges" de l'Afrique de l'Ouest, qui pratiquent la kora depuis le XIIIe siècle et faisaient le bonheur du légendaire Sondjata Keita, empereur de l'ancien Mali.
C'est son père, Mamadou Kouyaté, musicien "attitré" de feu le président sénégalais Léopold Sédar Senghor, qui l'a initié à la kora comme on inoculerait un virus, dès l'âge de cinq ans. "Je suis né dans la musique. La kora, dans ma famille, même pour ceux qui n'en jouent pas, on l'a dans le sang", témoigne le fils.
Mais Soriba Kouyaté veut convaincre que la figure paternelle, si forte soit elle, n'a pas déterminé toute son aventure musicale. "Mon père est tout le temps resté dans la tradition. Moi, je veux évoluer, je ne veux pas demeurer dans le cadre des griots", dit-il.
Pour convaincre d'éventuels sceptiques, il pourrait exhiber la liste de ses fréquentations variées, invoquer ses concerts ou enregistrements avec Peter Gabriel, Youssou N'Dour, Dizzy Gillespie, Salif Keita, faire témoigner le musicien congolais Ray Lema, qui a dit de lui un jour: "Soriba a sorti la kora de sa prison".
Mais sa musique parle d'elle-même. C'est celle d'un passeur qui flirte volontiers avec la soul, le funk, le reggae et surtout le jazz. "Tout cela vient de l'Afrique, non ?", fait-il valoir pour justifier la diversité de ses influences.
Même sa kora, imposante harpe-luth à cordes pincées, est adaptée à la modernité. Son père, qui l'a entièrement construite, l'a dotée de clefs comparables à celles de la guitare pour en faciliter l'accord.
Alors Soriba Kouyaté peut dialoguer sans complexe avec ses contemporains (une basse électrique, une batterie, des claviers). L'énorme calebasse finement décorée dans laquelle est fabriquée l'instrument, recouverte d'une peau de veau tannée, est source d'innombrables effets de résonance. Avec son long manche en bois, c'est tout un monde de bruits que peut susciter le musicien, aux confins du free jazz.
Et grâce à ses 21 cordes, la grande harpe africaine présente surtout une étonnante plénitude sonore, une richesse mélodique et harmonique rare. "De plus en plus de gens connaissent aujourd'hui la kora. Moi je veux leur faire découvrir maintenant toutes ses possibilités, dans un esprit d'ouverture musicale", résume Soriba Kouyaté.
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Soriba Kouyaté est l’un des plus grand joueurs de kora du monde. Il a travailler avec Dizzy Gillespie, Peter Gabriel, Youssou N’Dour..., puis a fait de la Kora un instrument d'improvisation à part entière, développant une technique unique mélangeant jazz et musique mandingue traditionnelle

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Soriba Kouyaté est sans conteste l'un des plus grands joueurs de kora, formé à l'école des griots du Mali, il a voulu rapidement ouvrir sa musique vers d'autres horizons. Il utilise pour cela une kora qui possède des clés sur le manche, lui permettant d'obtenir des accords plus précis.

Bamana est le deuxième album réalisé en collaboration avec Philippe Gaillot qui se charge des arrangements. La musique mandingue s'y mélange au jazz de façon naturelle, même si on peut, sur certains morceaux, regretter des arrangements un peu faciles. La musique circule librement articulée autour de la basse de l'excellent Linley Marthe qui joue le rôle de passeur, un intermédiaire entre les deux cultures. Le détonnant Didier Malherbe nous ravit de ses flûtes "enchantées".

Au répertoire, des musiques traditionnelles du Mali et de Guinée, une composition de Kouyaté et deux standards éternels du jazz, All Blues de Miles Davis et Summertime de George Gershwin. Un peu comme si le jazz s'en retournait en Afrique, la boucle est bouclée.